La Question de la Coordination des Organismes de l’Etat du Sénégal à l’ordre du Jour

Le Ressac : Le site des Marins

Sur le principe, il n’y a aucun problème à propos de l’action de l’Etat en mer. Les acteurs sont nombreux. De nombreux efforts d’harmonisation ont été faits, depuis 2006. Par contre, dans les faits, il y a encore des choses à revoir car, à certains égards, la rivalité entre services reste un facteur bloquant.

La sécurité et la sûreté maritimes passent nécessairement par des moyens matériels et humains. Mais ce n’est pas que ça. Il y a aussi la coordination, un point qui fait défaut pour le moment. En réalité, le Sénégal n’avait pas accordé une grande importance à ce sujet, avant 2002. Il a fallu la catastrophe du bateau le Joola pour qu’on change d’approche. Le capitaine de vaisseau Ahmadou Sow, qui a fait une présentation lors du séminaire sur la sécurité maritime, indique qu’avant l’accident du navire assurant la desserte Dakar-Ziguinchor, la sécurité en mer était caractérisée par une multitude d’acteurs qui intervenaient sans aucune coordination. Il s’y ajoute une absence de vision et un cloisonnement quasi-total. Bref, l’Etat n’avait pas un défenseur attitré.

Depuis lors, les choses ont évolué. D’une absence totale de vision et de politique, on est passé à une mise en place progressive d’une unité d’actions. Aujourd’hui, le pays dispose de plusieurs entités qui ont chacune une compétence particulière dans les activités maritimes. Agence nationale des affaires maritimes (Anam), Direction de la protection et de la surveillance des pêches (Dpsp), Direction des pêches maritimes (Dpm), la marine nationale, le port autonome sont autant d’acteurs. La Douane, la police, la gendarmerie, les Parcs nationaux et le tourisme ont aussi leur part.

En avril 2006, l’Etat a créé la Haute autorité chargée de la coordination de la sécurité maritime, de la sûreté maritime et de la protection de l’Environnement marin (Hassmar). La structure est donc complète pour une bonne politique. Mais ce dispositif n’est pas rodé. "Ce qui nous manque, c’est la coordination des actions des différentes structures. Du point de vue juridique, il y a une superposition des compétences et attributions. Il faut donc assainir’’, suggère un interlocuteur. Cette source indique par exemple que chaque entité est en train de rédiger sa propre stratégie nationale de sécurité maritime. Il y en a même qui l’ont publiée, ajoute-t-il. "Si chaque entité rédige sa stratégie, il va se passer un problème de mise en cohérence des stratégies’’. Ainsi, cet interlocuteur suggère la rédaction d’une stratégie nationale maritime qui intègre toutes les stratégies des différentes institutions. "Ce sera un objectif stratégique défini par le président de la République qui dira ce qu’il veut de la mer.’’

Définir l’action de l’Etat en mer

Sur le principe, il revient à la Hassmar d’assurer la coordination. Mais sur le plan opérationnel, il y a des obstacles liés à des conflits de compétences. Comme dans les différents domaines publics, la compétition se substitue souvent à la complémentarité entre structures étatiques. À entendre les différents représentants des services, on perçoit qu’on n’est pas souvent sur la même ligne de départ. "Il y a dans les textes quelques rectifications et précisions à apporter pour conforter la Hassmar dans son rôle de coordonnateur de l’action de l’Etat en mer. Pour vous donner un exemple, il n’existe pas de texte qui définisse l’action de l’Etat en mer’’, fait-on remarquer.

"Dans nos pays, il y a souvent un problème de gouvernance. C’est-à-dire de coordination entre les agences. Souvent, c’est là que nos Etats pèchent’’, renchérit M. Blédé. Il note cependant une évolution. "Par le passé, les affaires maritimes et la marine nationale ne pouvaient pas s’asseoir autour d’une même table pour discuter. Mais aujourd’hui, chacun à sa place, surtout au Sénégal, après le malheureux évènement du Joola. Il y a des avancées, mais en même temps, il faut des rencontres comme celle-ci pour que chacun sache que l’autre a un rôle à jouer’’, suggère-t-il.

Cependant, si l’on en croit Seydou Ba, juriste à l’Anam, cette situation conflictuelle est dépassée. "Au Sénégal, on a une stratégie intégrée, élaborée par toutes les structures ici présentes. Nous avons une stratégie sécurité-sûreté civile sur 5 ans avec plans d’actions et les comités en charge du suivi. Il y a un cadre de financement que nous allons essayer de faire adopter. Il revient au corps militaire maintenant d’élaborer une stratégie défense’’, indique-t-il.

Ce point de vue est aussi celui de M. Sow, capitaine de vaisseau. Dans son intervention, celui-ci soutient qu’il existe désormais "une unité de vision et une synergie d’action’’. Ce qui n’empêche en rien les administrations et services publics d’exercer "en toute autonomie leurs activités et compétences spécifiques’’. Seulement, il faut reconnaître que sur le terrain, les actions ne sont pas aussi lisses que l’est le discours. En guise d’illustration, il y a eu pas mal de blocages dans la gestion du dossier relatifs au navire ayant chaviré à l’île des Madeleines, en août 2013. Blocages nés souvent d’incompréhensions entre institutions publiques.


Voir en ligne : Le Rassac