LE TRANSPORT MARITIME, INDISPENSABLE INSTRUMENT POUR LE DÉVELOPPEMENT RAPIDE DU SÉNÉGAL A L’HEURE DU PLAN SÉNÉGAL ÉMERGENT…

Comme appui au développement socio-économique et à l’intégration régionale, l’importance du transport maritime, n’est plus à démontrer. Le transport maritime reste le moyen le plus accessible pour faciliter le commerce entre les continents et les îles. Son rôle est particulièrement renforcé en Afrique dont les exportations sont en grande partie des matières premières non transformées, c’est-à-dire des produits agricoles et naturels en vrac. Environ 90% du commerce total de l’Afrique se fait par voie maritime, mais l’absence de la flotte africaine cause encore …et toujours du tort au vieux continent, car toutes ces marchandises sont transportées par des navires étrangers.

Le Sénégal, qui compte un port principal en eau profonde, situé à la croisée des grandes routes maritimes, ouvert sur l’atlantique, premier port desservi à la descente de l’Europe et le dernier à la remontée, un réseau hydrographique dense avec trois (03) voies navigables dotées chacune d’un port secondaire, devrait accorder une importance particulière aux transports maritimes qui contribuent, en général, au développement économique et social du pays.

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Le Sénégal peut-il se passer de la mer pour jeter les bases de son développement ? Quels investissements maritimes le pays doit-il réaliser pour devenir un véritable pays armateur ?

A l’heure où le Chef de l’Etat du Sénégal vient de présenter aux populations nationales et à la face du monde son projet de développement économique, à savoir, le Plan Sénégal Émergent, il est important de rappeler que le Sénégal ne saurait se développer sans la réalisation de la vision maritime nationale, marquée par la construction de nouvelles infrastructures maritimes, le développement de la flotte maritime nationale et la formation de ressources humaines de haute qualité.

En effet, en tant que pays regorgeant de nombreux atouts maritimes, le Sénégal doit jouer un rôle capital dans le développement du secteur des transports maritimes au niveau africain et international, en mettant en œuvre une politique de réalisation des infrastructures adéquates et de formation des ressources humaines de qualité pour répondre aux exigences du marché.

Si le Sénégal regorge d’une expertise et expérience certaines dans la gestion du transport maritime domestique de passagers, avec le remarquable travail réalisé par le COSAMA qui exploite le navire « Aline Sitoé DIATTA » sur la Liaison maritime Dakar-Ziguinchor, mais aussi avec l’arrivée prochaine des navires Ropax « Aguène et Diambogne », il est quand même grand temps d’acquérir une flotte navale commerciale aux fins de capter le fret disponible dans la sous-région et de participer aux échanges internationaux.

Depuis quelques années, le Sénégal, cherche à trouver des solutions pour impulser le cabotage afin de rééquilibrer la distribution modale des transports dans la sous-région. Les « autoroutes de la mer » doivent devenir une réalité au Sénégal, car elles constituent une alternative de transport moins polluante que le mode routier, ainsi qu’une solution pour éviter la congestion des autoroutes.

Le développement du cabotage n’est pas seulement une alternative écologique, il est aussi une nécessité économique pour le développement ou le maintien des activités maritimes et portuaires.

Investir dans la mise en place d’une flotte marchande permettrait de faciliter les activités de cabotage national et sous régional, donc de répondre aux besoins des opérateurs économiques sénégalais et des pays limitrophes en matière de transport de marchandises diverses, favorisant ainsi l’intégration économique sous régionale.

Aussi, acquérir les navires marchands suivants s’avère-il nécessaire pour permettre au Sénégal de jeter les bases d’un véritable armement national de commerce :

un porte-conteneurs (ROLO) pour assurer des opérations de feedering ;

un navire vraquier pour le transport de charbon et des phosphates ;

un navire pétrolier pour le transport et la distribution des hydrocarbures.

Acquisition de porte-conteneurs…

Le Sénégal gagnerait à investir au moins sur un porte-conteneurs moyen pour le développement des échanges commerciaux et du feedering dans la sous-région. Il s’agit de faciliter en toute sécurité et dans les délais satisfaisants l’acheminement de diverses marchandises dans les ports de la sous-région.

En effet, le gigantisme des navires des grandes compagnies qui accostent au port de Dakar, les empêche d’assurer la distribution de port en port des conteneurs. Le développement du service de cabotage conteneurisé, donc de la distribution des boites contenant des marchandises par le biais d’un feeder est un atout pour le Sénégal.

La conteneurisation permet l’acheminement des marchandises diverses dans des contenants aux dimensions standardisées. Outil « intermodal », c’est-à-dire pouvant supporter différents modes de transport (maritime, routier, ferroviaire, aérien), le conteneur permet une livraison des marchandises porte à porte, de l’entreprise au magasin de distribution (supermarché) où s’achève le trajet des objets de consommation avant d’arriver dans les familles, et ceci en ajustant avec précision les quantités selon la logique des flux tendus.

Le transport conteneurisé relève donc d’une véritable logique industrielle afin d’assurer des dessertes maritimes efficaces et mises en cohérence avec le reste de l’appareillage logistique : équipements en chantiers de construction navale, en portiques de chargement/déchargement ou en parcs de stockage de « boites ».

La conteneurisation a atteint aujourd’hui des dimensions considérables. Elle concentre 80 % du trafic des marchandises diverses par la voie maritime. Le Sénégal devrait compter avec ce mode de transport moderne.
Acquisition de navires Cargo…
Aujourd’hui, en marge du navire cargo DIOGUE de 2155 tonnes, que vient d’acquérir le COSAMA, tous les navires cargo qui transitent au Sénégal battent pavillon étranger. Le pavillon national ne contribue pas aux échanges extérieurs du Sénégal à cause du manque de navires nationaux adaptés au cabotage national et sous régional. Cette absence de contribution de la flotte nationale aux échanges locaux, régionaux et internationaux porte un grand préjudice et provoque un manque à gagner à l’économie du Sénégal.
L’investissement sur les navires de fret de grande capacité, permettrait au Sénégal de trouver son autonomie en matière de transport de marchandises diverses et de diminuer ainsi leur coût à la vente locale.
Acquisition de navires vracquiers…
Pour améliorer la fourniture en électricité aux populations, le gouvernement du Sénégal a décidé de réaliser en association avec des partenaires, trois (03) centrales à charbon, dont la production totale sera de 645 MW. Ces centrales prendront progressivement le relais de la production actuelle des centrales diesel et turbines gaz, alimentées de fait par du carburant, faute de gaz suffisant au Sénégal. Pour leur fonctionnement à temps plein, les centrales à charbon prévues au Sénégal auront régulièrement besoin de milliers de tonnes de charbon par mois. Ce charbon devrait être importé des pays étrangers.
Investir sur l’acquisition d’au moins un navire vraquier pour le transport de ce charbon permettrait non seulement d’ajouter à l’armement national un moyen naval spécialisé, mais aussi de favoriser la baisse du coût de l’électricité, grâce au non renchérissement des coûts de transport de la matière première indispensable au fonctionnement des centrales à charbon en projet ou en cours de construction.
Formation de qualité pour les gens de mer et développement des emplois durables…
La formation et la motivation des marins sont des conditions essentielles au bon fonctionnement de l’industrie maritime sénégalaise. Sans un personnel de qualité, les opérations de navigation ne peuvent s’effectuer avec efficacité, sécurité et sûreté.
La demande des ressources humaines maritimes ne cesse de croître. Le Sénégal, à l’instar de tous les pays maritimes, connaît une pénurie de gens de mer, principalement des officiers.
Conscient du fait que la situation risque de s’aggraver si des mesures correctives ne sont pas prises, et en raison notamment de l’évolution technologique et des mutations profondes dans le secteur des transports maritimes, l’Etat du Sénégal, a décidé de mettre en place une Ecole Supérieure d’Etudes Maritimes dont le principal objectif est de doter le Sénégal d’une Institution de formation maritime de haut niveau, aux fins, d’une part, de renforcer les acquis maritimes et, d’autre part, de jeter les bases de création d’une véritable industrie maritime dans le pays.
Le Sénégal présente une géographie physique et économique favorable au développement des transports maritimes et fluviomaritimes…

Au regard de tout ce qui précède, force est de souligner que la stratégie de développement maritime du Sénégal devrait consister à lui permettre d’occuper le premier plan dans la sous-région dans le secteur très spécifique des transports maritimes, en offrant des services maritimes de haute qualité, et en comptant sur des marins bien formés et engagés, au sein d’un Etat maritime moderne, efficace et tourné vers la collaboration avec tous ses partenaires.
C’est pourquoi il doit adopter le transport maritime en tant que seul mode de transport capable d’assurer à un coût attractif les échanges liés au commerce tant domestique qu’intercontinental.
L’économie mondiale étant devenue dépendante du transport maritime, dans la mesure où le PIB de la plupart des pays dépend des ventes réalisées à l’export, le Sénégal ne peut rester en marge de cette évolution en raison du fait que le secteur des transports maritimes est un domaine encore vierge, largement inexploité dans l’économie du pays, bien qu’il présente de nombreux avantages compétitifs par rapport aux autres modes de transport.

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Par Ibrahim Jacques IYOK
Conseiller du Directeur Général du COSAMA