Les géants des mers, poumons invisibles de la mondialisation

Le Ressac : Le site des Marins

On estime que 90% de tout ce que nous consommons chaque jour est issu du transport maritime, une industrie aux dimensions faramineuses qui vogue les eaux de la mondialisation.
90% ! Le bilan est clair, nous dépendons du monde. Peu connus, pourtant, sont les magnats qui régissent le monde des cargos et du transport par conteneurs. Pesant chaque année plus de 450 milliards de dollars, le business des cargos a pourtant des répercussions très concrètes sur notre monde.

Un business colossal à la surface des océans
Chaque année, on estime que c’est près de 500 millions de conteneurs qui transitent d’un bout à l’autre de notre petite planète bleue, le tout à bord de cargos gigantesques. Un chiffre logique, lorsque l’on sait que le transport maritime est le mode de transport le plus important en terme d’acheminement des marchandises mais aussi, pour beaucoup, le moins polluant.

En fondant leur stratégie sur la réalisation d’économies d’échelle toujours plus importantes, les magnats de la marine marchande ont réussi l’exploit de proposer des coûts très bas en termes de transport dans le monde entier. Ainsi, de nombreuses industries — si ce n’est toutes — ont recours aujourd’hui aux services des grands noms du transport maritime. Des entreprises comme Maersk (Danemark), MSC (Suisse) ou CMA-CGM (France) réalisent chaque année plusieurs dizaines de milliards d’euros de chiffre d’affaire en menant à bien ces déplacements de marchandises.

Une part significative de ces déplacement est la conséquence d’une chaîne de production fragmentée au niveau global. Exploiter les différences en termes de coûts de production et de main d’œuvre à l’échelle du globe s’est révélé très lucratif pour les entreprises. Pour les industries peu soucieuse de l’environnement, il est donc désormais plus rentable de morceler le processus de production entre différentes régions du monde que de produire en un seul et même endroit. Une évolution à laquelle les acteurs du fret maritime ont largement participé, notamment en permettant une réduction des coûts de transports à un niveau proche de zéro. Aujourd’hui, notre mode de vie et le confort du consommateur occidental reposent en grande partie sur la facilité de ces transports globaux situés à l’extrême inverse des logiques de relocalisation de l’économie.

Une industrie opaque

Si l’industrie du fret ne fait pas de vagues, sur le plan médiatique du moins, ce n’est pas qu’elle est exempte de défauts. Les lois qui régissent le monde du transport en haute mer sont encore assez opaques, et bénéficient de règles qui donnent lieu à de nombreuses dérives, notamment illégales.

Les transporteurs, par exemple, n’ont aucun droit de regard sur ce qu’ils transportent à bord de ces immeubles flottants. Le phénomène, appelé la « cécité des mers », couplé à un manque de contrôle des organismes en certaines régions du monde, est à l’origine de trafics en tous genres.
Chaque année, ce sont plusieurs tonnes de drogues qui sont saisies après avoir transité à bord des cargos. Si les douanes des différents pays essayent de mettre en place des contrôles dans certains ports, la part des conteneurs soumis à vérification est encore infime (entre 2% et 3%). Le trafic d’armes et d’animaux, eux non plus, ne sont pas en reste.

Mais la législation en mer peut porter aussi préjudice à des travailleurs qui s’embarquent pour plusieurs mois sur ces colosses d’acier. La pratique du « pavillon de complaisance » permet à certains employeurs peu scrupuleux de contourner les législations de leur pays pour s’approprier celles de pays plus laxistes. C’est notamment le cas en ce qui concerne les droits des travailleurs. Ainsi, de nombreux employés sur les paquebots sont victimes de conditions de travail où leurs droits sont bafoués ou inexistants. Le risque du métier, également, est ignoré, et, contrairement aux autres transports, les médias rapportent rarement l’occurrence des naufrages, pourtant assez fréquents.

Des impacts environnementaux passés inaperçus

En plus de profiter du vide juridique qui existe au cœur des eaux internationales, l’industrie du transport maritime cause de nombreux dommages à l’océan et à son écosystème. La pollution qui émane de la combustion des carburants utilisés par les bateaux, mais aussi la pollution sonore, sont des risques tant pour les populations côtières que pour les animaux marins. S’il est vrai qu’un seul bateau peut représenter un très faible impact écologique comparé aux transports aériens, l’effet de masse engendre des conséquences à la hauteur du nombre. Ainsi, le déplacement des bateaux est directement en cause dans la disparition de certaines espèces aquatiques au profit d’autres, dites « invasives ».

Une fois encore l’humanité semble nager en plein paradoxe. D’une part, le discours dominant voudrait l’expansion infinie des échanges internationaux de marchandises en libéralisant le marché, de l’autre, la Croissance rencontre ses limites visibles et mesurables dans les conséquences écologiques des activités humaines. De plus, face à la raréfaction attendue des énergies fossiles, demeure le risque de voir la sécurité alimentaire des peuples reculer. Chaque jour, ce sont des milliers de cargos qui sillonnent les mers, nous permettant de renflouer nos supermarchés dont de trop nombreuses personnes dépendent. Rendre les transports propres et relocaliser l’économie, voilà ce que préconisent en urgence les partisans d’une « décroissance » raisonnée.


Voir en ligne : Le Rassac

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